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La directrice de l'ISE dénonce « l'inqualifiable irresponsabilité du gouvernement Charest » dans la relance de la mine d'amiante Jeffrey

3 juillet 2012 - La directrice de l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM, Louise Vandelac, a profité d’une tribune au Congrès international des sociologues de langue française, à Rabat au Maroc, pour dénoncer « l’inqualifiable irresponsabilité du gouvernement Charest dans son soutien économique à la relance de l’exploitation de l’amiante au Québec », ce qui a suscité l’indignation dans la salle, a-t-elle écrit par courriel au Devoir hier.

[Pour lire sur le site du quotidien Le Devoir ]

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Relance de la mine d’amiante Jeffrey - Le prêt de Québec soulève un tollé

par Amélie Daoust-Boisvert, Le Devoir, 3 juillet 2012

La décision de Québec d’accorder un prêt de 58 millions à l’entreprise Mine Jeffrey pour relancer l’exploitation de l’amiante à Asbestos a engendré une pluie de critiques, tant de la part de médecins et d’environnementalistes que de scientifiques. Plusieurs demandent que les millions promis soient plutôt investis dans la diversification de l’économie de la région.

« On aide prétendument une population qui a des problèmes économiques en subventionnant un chevalier de l’industrie. On met de l’argent public dans une industrie moribonde bannie dans 50 pays, le tout pour des salaires de crève-coeur dans une mine qui va comporter des risques importants. On rit du monde d’Asbestos », dénonce sans détour le Dr Yv Bonnier Viger.

Le président de l’Association des médecins spécialistes en santé communautaire du Québec signe une lettre signalant sa déception au premier ministre Jean Charest.

Pour l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), l’amiante chrysotile est un cancérigène. L’INSPQ estime que « dans l’état actuel des connaissances, il n’existe pas de seuil protégeant du cancer les personnes exposées à l’amiante ».

Le Dr Bonnier Viger déplore que Québec ne tienne pas compte des avis des médecins et des scientifiques. Selon lui, une contestation judiciaire de la légitimité d’un prêt public à une industrie qui produit et exporte une « matière dangereuse » pourrait être envisageable.

La sociologue de la santé Maria De Koninck interpelle personnellement le ministre de la Santé, Yves Bolduc. Dans une lettre ouverte, elle lui demande de sortir de son mutisme sur cette question pour que « les millions prévus soient alloués en appui au développement de la région dans une industrie autre que celle de la mort ». L’Association canadienne des médecins pour l’environnement, le Collège québécois des médecins de famille et l’Association des médecins spécialistes en santé communautaire du Québec demandent également au ministre Bolduc d’intervenir.

La directrice de l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM, Louise Vandelac, a profité d’une tribune au Congrès international des sociologues de langue française, à Rabat au Maroc, pour dénoncer « l’inqualifiable irresponsabilité du gouvernement Charest dans son soutien économique à la relance de l’exploitation de l’amiante au Québec », ce qui a suscité l’indignation dans la salle, a-t-elle écrit par courriel au Devoir hier. « Il est irresponsable de reprendre l’argument de l’usage sécuritaire de l’amiante qui n’a d’égal que la stratégie du doute distillée pendant des décennies par l’industrie du tabac alors même que toutes les grandes instances nationales et internationales en santé sont unanimes pour condamner les méfaits de l’amiante », ajoute-t-elle.

Plusieurs personnes ont dénoncé au Devoir hier le fait que l’annonce ait été faite un vendredi en fin de journée, à la veille d’un long congé. « Honnêtement, on avait encore espoir que quelqu’un au gouvernement aurait assez de dignité pour ne pas faire cette annonce-là », dit Anne-Marie Saint-Cerny, de la Société pour vaincre la pollution.

« Le gouvernement a honte, il savait qu’il ne pourrait pas défendre cette décision », analyse la militante Kathleen Ruff. La conseillère à l’Institut Rideau affirme qu’il faudra réfléchir à la voie de la contestation judiciaire dans les prochaines semaines.

Elle croit que la relance de l’industrie de l’amiante au Québec pourrait avoir des répercussions « désastreuses » ailleurs dans le monde. « On se sert du Québec pour écarter les avis scientifiques », dit-elle.

En France, l’Association nationale de défense des victimes de l’amiante a rédigé une lettre ouverte à l’ambassadeur du Canada en France dans laquelle elle s’indigne de la réouverture de la mine Jeffrey, une décision « incompréhensible » et « monstrueuse », écrit-elle.

 

Relancer la région d’Asbestos

Le Parti québécois n’a pas réagi officiellement, mais le candidat péquiste dans Saint-François, le Dr Réjean Hébert, a dénoncé dans les médias locaux une décision «irréfléchie » et « irréaliste ». Inquiet des risques que pose l’amiante pour la santé, il a dit au quotidien La Tribune qu’il souhaite la tenue d’un débat public sur la question et un plus grand encadrement de l’industrie. Le Parti québécois n’a pas rappelé Le Devoir, hier, de même que la Coalition avenir Québec de François Legault.

De son côté, Québec solidaire aurait souhaité que les 58 millions « assurent la diversification de l’économie d’Asbestos » pour sortir la région de sa dépendance à l’industrie de l’amiante, « qui n’a aucun avenir », a réagi le parti par voie de communiqué.

À Asbestos, la nouvelle a plutôt été accueillie « dans une ambiance de fête », écrit le quotidien La Tribune, 800 personnes s’étant réunies vendredi devant la scène décorée de ballons où le député Yvon Vallières a assuré que l’exploitation serait « sécuritaire ». Le président-directeur général de Mine Jeffrey, Bernard Coulombe, a confié à La Tribune qu’il songe à intenter une poursuite contre la Société canadienne du cancer pour sa dénonciation du chrysotile, qui pour lui n’est pas plus dangereux que « le soleil » ou « la pilule contraceptive ».

Selon la sociologue Maria De Koninck, il importe de mettre fin à l’exploitation de l’amiante tout en respectant les citoyens de la région qui sont fiers de leur passé minier. « Il faut d’abord respecter la tradition minière pour ce qu’elle a été », avant d’impliquer la population dans le renouveau de son économie, propose-t-elle. « Ils ont travaillé très fort pour le Québec, ils ont été des bâtisseurs, on peut continuer à les traiter ainsi, mais dans des conditions qui respectent leur santé et celle de la population. »